Non. Le dromadaire reste couché sur ses genous. C'est toujours à ce moment là que Tao le Marchand brandit un bâton noueux:
- C'est ça que tu cherches ?
Mais il suffit au dromadaire de retrousser ses babines et de lui montrer ses larges dents, plates et jaunes pour que le baton retombe.
- Je ne pars pas sans le garçon.
Voila ce que dit le silence du dromaire, et son immobilité, et son regard tranquille. Alors Toa s'en va réveiller le garçon d'une tape sèche.
- Aller, debout, toi ! Tu m'as assez fait predre mon temps comme ça. Grimpe là-haut et ne bronche pas.C'est que le dromadaire, n'accepte personne d'autre sur sa bosse. Le garçon là-haut, et Toa le Marchand en bas, à pied dans le sable brulant.
- Salut puceron, bien dormi?
- Comme l'Afrique! et toi, Casseroles, bonnes nuit? ("Casseroles" c'est le surnom affectueux que le graçon donne au dromadaire)
Le graçon et le dromadaire rigolent pendant que Toa crache et injure l'afrique, maudite afrique. Il y a longtemps qu'ils ont appris à rire en dedans. Vus de dehors l'un et l'autre sont lisses et sérieux comme des dunes.
***
Toa le marchand n'aurait pu trouver, dans toute l'afrique un garçon capable de charger et décharger aussi vite un dromadaire que lui, ni surtout de raconter les plus jolies histoires, le soir, autour des feux, quand le sahara devient aussi froid qu'un désert de glace, et qu'on se sent encore plus seul.
- Il raconte bien, non ?
- N'est-ce pas qu'il raconte bien ?
- Oui, il raconte bien !
Cela attirait les clients, dans les campements de nomades. Toa était content.
Alors le garçon racontait pour eux les histoires qui naissaient dans sa tête, là-haut, sur la bosse de casseroles. Ou bien il leur racontait les rêves du dromadaire, qui rêvait toutes les nuits, et parfois même en avançant sous le soleil. Dans les histoires du garçon, le sable etait doux, le soleil était une fontaine et tout ceux qui avaient entendus ses histoires n'étais plus seul: la petite voix du garçon les accompagnait partout dans le désert.
- "Afrique !"
Ce fut au cours d'une de ces nuits qu'un vieux chef touareg déclara:
- Toa, ce garçon nous l'appellerons Afrique.
***
Un beau matin Toa le Marchand vendit tout.
- Attends-moi là, avait ordoné Toa. Garde la tente.
Et il avait disparu en ville en tenant son chameau par la bride. Afrique n'avait plus peur d'être abandonné, il savait que casseroles ne quitterai jamais la ville sans lui. Pourtant, quand Toa revint il etait seul.
- J'ai vendu ce maudit chameau !
***
Afrique se souviendra toute sa vie du jour aù il penetra dans le jardin zoologique. Il ne voyait pas trop comment on pouvait planter des animaux dans un jardin. A paine eut-il franchi la porche de fer qu'une voix familière l'arrêta:
- Salut, puceron ! Alors tu a fini pr me retrouver? Ca ne m'étonne pas de toi !
Pendant quelques secondes, afrique refusait d'en croire ses yeux et ses oreilles.
- Casseroles !
Oui. le dromadaire était là, devant lui, debout sur ses quattres pattes, au beau milieu d'un enclos cerclé de grillage.
- Casseroles! qu'est que tu fais là ?
- Comme tu vois, je t'attendais. je n'ai pas fais un pas depuis que Toa m'a vendu.
- Pas un pas ?
- Comme je te l'avait promis. tout le monde a essayé de me faire marché, mais rien à faire: je n'ai pas mis un pied devant l'autre depuis que nous sommes séparés.
Afrique n'arrivait toujours pas a y croire.
- Mais enfin, comment as -tu fait pour arriver jusqu'ici ?
Casseroles eut son petit rire intérieur:
- Que veux-tu qu'un acheteur fasse d'un dromadaire paralytique ?
- Tu aurais pu te faire abattre !
- Mais non, voyons, mon acheteur a préférer me revendre.
- A qui ?
- quele importance ... a un autre acheteur ... qui ma revendu à son tour.
- Et alors ?
- Et alors, d'acheteur en acheteur, jai fini par tomber sur le fournisseur du zoo. Lui, un dromadaire immobile, c'est exactement ce qu'il cherchait. il m'a payé trés cher.
Autre rire intérieur.
- j'ai beaucoup voyagé pour en arriver jusqu'ici, en bateau, en train, en camion et même en grue ! (C'est avec une grue qu'il m'ont déposé au milieu de l'enclos). pas un seul pas sans toi, puceron! je n'en ai pas fait un seul !




